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À Hamra, mobilisation inédite « pour la liberté d’expression »
August 10, 2019
Source: L’Orient-Le Jour
 
L’affluence était forte, joyeuse et bon enfant, hier soir, au Palace, au centre Aresco à Hamra, où avait lieu un spectacle gratuit en signe de soutien à Mashrou’ Leila. Un événement organisé le soir même où aurait dû avoir lieu le concert du groupe pop, dans le cadre du Festival de Byblos.
Le concert avait été annulé par les organisateurs du festival afin d’éviter « une effusion de sang », après que des menaces avaient été brandies contre le groupe, accusé par certains, dont le Centre catholique d’information, d’avoir porté atteinte à la sacralité de symboles chrétiens. Un concert annulé alors que la justice, qui avait convoqué deux membres du groupe, n’avait rien trouvé à redire, ni contre Mashrou’ Leila ni à la tenue du concert. Hier soir au Palace, ce sont plusieurs artistes qui devaient donner de la voix, pour Mashrou’ Leila et la liberté d’expression au Liban. Parmi eux, Ziad Sahhab, Ramy Boutros, Sandy Chamoun, Khansa, Mayssa Jallad, Chyno, Frida Chahlaoui, Blu Fiefer (chanteuse parmi la sélection Génération Orient, saison 1) et Vladimir Kurumilian. Mais également The Great Departed, Gizmo et Blackyum. Des comédiens stand-up étaient également au programme, dont Shaden (lauréate du premier prix L’OLJ-SGBL Génération Orient, saison 3), Wissam Kamal, Michelle et Noëlle Kesserwany, Nour Hajjar, Chadi Abi Chacra ainsi que l’acteur Ziad Itani entre autres.
Le public a dépassé en nombre la capacité du Palace estimée à 2 000 personnes. « Il y avait plus de 2 000 personnes à l’intérieur et le même nombre rassemblé devant la salle de concert », rapporte le chercheur Jean Kassir, l’un des organisateurs de l’évènement, à L’Orient-Le Jour. « On ne s’attendait pas à une participation aussi importante, et les choses se sont passées très fluidement, en dépit de l’affluence inattendue. Chacun s’est exprimé à sa manière », dit-il.
Pour le blogueur Gino Raidy, vice-président de l’ONG March engagée pour la liberté d’expression, c’est sans doute la première fois que la liberté fait l’objet d’une telle mobilisation populaire. « Cela s’explique en partie par la part de ridicule qu’il fallait dénoncer, mais aussi par la part de violence inédite, réellement terroriste, qui s’est déversée au nom de l’atteinte aux sentiments religieux », estimait-il. « Il fallait réagir à ce qui s’est passé, ne pas laisser faire la répression des libertés. Et je pense que nous avons réussi », déclarait pour sa part Gilbert Doumit, candidat de la société civile aux législatives de 2018. Selon lui, la contre-réponse aux censeurs a « créé une forme de solidarité nouvelle » entre les personnes qui poursuivent le combat pour la liberté, « à l’heure où le pays est guetté par la violence ».
Comme le résume Jean Kassir : « Nous avons créé un précédent important, fondamental, face au précédent grave de l’annulation d’un concert » sous la pression des censeurs.
Parallèlement au concert, de nombreux internautes ont publié, hier soir aussi, sur les réseaux sociaux, Twitter, Instagram et Facebook, des chansons de Mashrou’ Leila, toujours en signe de solidarité avec le groupe. Des messages souvent agrémentés du hashtag #للوطن (lilwatan, pour la nation). Ce mouvement avait été lancé par l’association SKeyes, après l’annonce de l’annulation du concert, lors d’une conférence de presse organisée par la Commission nationale des droits de l’homme, dans les locaux de l’association Legal Agenda et en partenariat avec cette ONG de défense des libertés publiques. Une campagne qui a mis l’accent sur « la nécessité de combattre l’intolérance et la haine ».
Les participants avaient alors surtout dénoncé « le laisser-faire de l’État qui a failli à ses obligations de protéger des menaces et discours haineux les quatre membres du groupe de rock, les organisateurs du Festival international de Byblos et le public », et appelé les autorités à « prendre leurs responsabilités et défendre les libertés d’expression et culturelles ».
La polémique autour du concert de Mashrou’ Leila avait éclaté il y a deux semaines sur les réseaux sociaux en raison d’une atteinte présumée à la religion chrétienne due à une photo représentant une icône de la Vierge dont le visage a été remplacé par celui de la chanteuse américaine Madonna, accolée à un article partagé par le chanteur du groupe, Hamed Sinno, en 2015. Deux des titres du groupe sont également pointés du doigt. Sur un plan plus implicite, l’homosexualité affichée du chanteur semble également déranger.





Mots-clés: Mashrou’ Leila