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Bassil ne retirera pas sa plainte contre l’activiste Yara Chehayeb
August 10, 2018
Auteur: Zeina Antonios
Source: L’Orient-Le Jour

Le ministre sortant des Affaires étrangères et chef du Courant patriotique libre (CPL), Gebran Bassil, ne retirera pas sa plainte contre Yara Chehayeb, jeune militante de 18 ans au sein du Parti socialiste progressiste (PSP), a confirmé son avocat. Une plainte qui s’inscrit dans la série des procès engagés par Gebran Bassil ces derniers mois contre des activistes l’ayant critiqué sur les réseaux sociaux.

Contrairement à ce qui a été rapporté par certains, ce n’est pas un tweet de Yara Chehayeb publié dimanche dernier, dans lequel elle évoquait les « complexes psychiques » de Gebran Bassil, qui a provoqué la colère de ce dernier. L’affaire remonterait au 21 juin dernier lorsque Mme Chehayeb, qui critique souvent M. Bassil dans ses publications, a répondu au chef du CPL qui rendait hommage à son père à l’occasion de la fête des Pères. La jeune femme avait traité M. Bassil d’escroc et insinué que c’était son père qui lui avait appris l’escroquerie.

« Gebran Bassil n’a pas retiré sa plainte, contrairement à ce que son avocat, Majed Boueiz, avait insinué dans un appel il y a quelques jours avec le député de Aley Akram Chehayeb (…). Honnêtement, nous en avons assez. Mais je ne vais pas revenir sur mes propos ni effacer le tweet », a déclaré Mme Chehayeb à L’Orient-Le Jour. « Il y a quelques jours, le cadre du CPL Naji Hayek nous a insultés sur les réseaux sociaux, il a insulté nos martyrs (du PSP) et personne n’a trouvé à redire à cela », a-t-elle ajouté.

« Je suis étudiante en droit et je sais que l’introduction à la Constitution a consacré la liberté d’opinion. Si Gebran Bassil n’arrive pas à accepter mon opinion, c’est qu’il n’est pas digne de gouverner un pays (…). Je n’ai pas voulu m’en prendre à son père dans mon tweet, mais à son éducation (…). Il n’a sans doute pas apprécié le fait que je pose avec Akram Chehayeb dans une photo postée sur mon compte Twitter », a souligné la jeune femme, en allusion au différend qui oppose le CPL au PSP au niveau de la formation du gouvernement. Yara Chehayeb dit en outre avoir été informée que le bureau de lutte contre la cybercriminalité pourrait la convoquer à n’importe quel moment.

« 90 % des convocations concernent Bassil »

Contacté par L’OLJ, l’avocat de M. Bassil, Majed Boueiz, a confirmé que la plainte était toujours d’actualité et que le chef du CPL ne comptait pas la retirer. « On m’a dit que Mme Chehayeb n’a pas encore été convoquée. Le juge décidera si elle le sera ou pas, a dit Me Boueiz. Il y a eu médisance à l’encontre de Gebran Bassil. La liberté d’expression est garantie par la Charte des droits de l’homme, à condition de ne pas porter atteinte à la réputation d’une personne, à sa dignité ou aux bonnes mœurs. D’autres se livrent à l’escalade dans la rue dans ce genre de cas, mais nous, nous avons foi dans la justice », a ajouté l’avocat.

Pour Widad Jarbouh, chercheuse au centre SKeyes pour la protection de la liberté d’expression, ce n’est pas tant la plainte présentée par M. Bassil qui pose problème que la manière avec laquelle les convocations sont menées. « Chacun a le droit de porter plainte, mais nous refusons la manière avec laquelle les convocations des internautes ont lieu, ainsi que les détentions préventives. Nous refusons tout discours insultant, mais en même temps, nous ne pouvons accepter l’arrestation et la violence physique à l’encontre des activistes », a-t-elle déclaré à L’OLJ. Elle a rappelé, à titre d’exemple, que l’activiste Khaled Abbouchi, qui s’en était pris à M. Bassil sur Facebook en décembre dernier, « a été arrêté en juillet et passé à tabac par les renseignements de l’armée puis transféré à la police militaire avant d’être emmené au poste de police de Denniyé ».

« Depuis le début de l’année, 90 % des convocations au sujet de publications sur les réseaux sociaux concernent Gebran Bassil », a relevé Mme Jarbouh. « C’est une situation anormale qui touche aussi bien des activistes que des citoyens normaux (…). Il y a des mesures discrétionnaires que nous refusons. Nombre de personnes profèrent des insultes à l’égard des politiques sur les réseaux sociaux et ne sont pas poursuivies pour autant », a-t-elle lancé.