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Médias et extrémisme : quel rôle pour quel combat ?
October 18, 2018
Source: L’Orient-Le Jour

La montée de l’extrémisme, du radicalisme et de la violence dans le monde actuel a mis en exergue le rôle que doivent jouer les médias pour combattre ce fléau qui touche non seulement la région du Moyen-Orient, mais une grande partie de la planète. Le centre Issam Farès à l’AUB en partenariat avec l’ambassade des Émirats arabes unis au Liban ont organisé hier une conférence pour réfléchir sur ce sujet.

« Le Liban était un phare régional de la presse, mais aujourd’hui des parties extrémistes tentent d’utiliser certains médias pour propager leurs idées », estime Hamad al-Shamsi, ambassadeur des Émirats à Beyrouth. Selon lui, « les médias jouent un rôle central dans la lutte contre le terrorisme et la pensée extrémiste. Ils doivent être un des instruments de la lutte contre les extrémistes, et non un instrument aux mains de ces derniers ». Le journaliste Riad Tok a souligné pour sa part « le rôle des médias dans la fabrication de l’extrémisme », rappelant par exemple la couverture par les médias des exactions commises par le groupe État islamique. « L’EI a cassé tous les codes en diffusant par exemple des images d’exécutions et autres, dans le but de propager la terreur, et les médias les ont répercutées. » Selon lui, « les médias ont ainsi contribué à la chute de zones entières de l’Irak aux mains de Daech, car ils ont apeuré la population ». Il a également estimé que « le fait d’accueillir sur les plateaux de télévision des personnes sans censure contribue à propager les messages de haine ».

Le journaliste Rached Fayed a déploré que le journalisme ne soit plus l’apanage des professionnels, mais que tous ceux qui veulent se faire entendre aient désormais recours aux réseaux sociaux. C’est pourquoi la question n’est plus la nécessité de respecter les valeurs du journalisme, mais de respecter les valeurs de la société. Quant au directeur du centre SKeyes, Ayman Mhanna, il a souligné que les médias ne pouvaient jouer un rôle véritable de lutte contre la pensée extrémiste que s’ils sont libres et peuvent critiquer, or la plupart des médias sont financés par l’argent politique. Selon lui, « la solution revient à encourager les journalistes et les citoyens à avoir le sens critique ». Il faut donc combattre le suivisme sous toutes ses formes, qu’il soit politique ou personnel, a-t-il conclu.

Les participants ont par ailleurs mis l’accent sur le rôle de l’État dans la lutte contre les extrémistes, notamment face au chantage de ces derniers. Ainsi, un intervenant a déploré que les autorités préfèrent souvent plier face aux revendications de groupes radicaux, pour interdire tel ouvrage ou tel événement. « La limite de notre liberté est la liberté d’autrui, pas ses croyances », a-t-il souligné.

Enfin, le journaliste Nadim Qoteiche s’est penché sur l’impact de la propagation des fake news dans les réseaux sociaux et les médias. Selon lui, les rumeurs et fausses histoires ont toujours existé depuis le début de l’humanité. Ce qui est par contre nouveau, c’est la révolution technologique qui est l’élément le plus important dans la propagation des idées radicales et des fausses nouvelles.

De plus, a estimé le journaliste, « le fait de se mettre derrière un écran a créé une sorte d’irresponsabilité chez les gens, qui se croient capables d’insulter, de critiquer et d’attaquer tout le monde, sans se soucier des conséquences sur les autres. De telles violences impliquent souvent des contre-réactions radicales, qu’il s’agisse du point de vue individuel ou de groupes ».