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Affaire Marcel Ghanem : l’indépendance de la justice libanaise remise en question...
February 5, 2018
Auteur: Yara Abi Akl
Source: L’Orient-Le Jour

Le premier juge d’instruction du Mont-Liban, Nicolas Mansour, a rejeté hier le recours pour vice de forme dans l’affaire de notre confrère Marcel Ghanem, présenté par son avocat Boutros Harb. L’audience a été reportée au 16 février. Pour rappel, et à l’initiative du ministre de la Justice Salim Jreissati, le journaliste vedette de la LBCI est poursuivi en justice depuis le 10 novembre 2017. Quelques jours après la démission surprise du Premier ministre, Saad Hariri, M. Ghanem a reçu sur le plateau de son talk-show politique, Kalam el-Nass, deux journalistes saoudiens qui se sont livrés à de violentes critiques des responsables libanais. 

Interrogé par L’Orient-Le Jour, Boutros Harb fait savoir qu’il entend faire appel contre la décision de M. Mansour devant la chambre d’accusation lundi. « Nous avons présenté le recours pour vice de forme parce que nous estimons que les accusations lancées contre M. Ghanem ne constituent pas un crime », souligne M. Harb, notant que son client n’a pas été notifié de la procédure lancée à son encontre, conformément aux textes de loi en vigueur. « Il ne devrait donc pas être accusé d’entraver le cours de la justice », ajoute l’avocat. 

« Faire peur aux journalistes » 
Mais bien au-delà de la procédure judiciaire lancée par Salim Jreissati, l’affaire Marcel Ghanem devient de plus en plus liée à la liberté d’expression et de la presse, dans un pays qui se dit démocratique et garant des libertés publiques. Certains vont jusqu’à dénoncer ce qu’ils appellent « la discrétion du pouvoir judiciaire », et remettent en question son indépendance. 

C’est d’ailleurs par cela que Marcel Ghanem explique la décision émise par le juge Mansour hier. « Il devient de plus en plus évident que mon dossier prend une tournure personnelle liée à des comportements vindicatifs », déplore le journaliste dans un entretien à L’Orient-Le Jour. Il se pose la question de savoir « comment un État qui se respecte peut se permettre de poursuivre un journaliste qui n’a commis aucun crime, alors que certains ont menacé sa sécurité, sans pour autant être poursuivis en justice ». « Il est grand temps d’assurer l’indépendance du pouvoir judiciaire », assène-t-il, avant de se demander pourquoi son dossier n’a pas été transféré, dès le début, « devant le tribunal des imprimés, à l’instar d’autres affaires ». 

À son tour, Ayman Mhanna, directeur du centre SKeyes, insiste sur l’importance d’instaurer une justice indépendante des pressions politiques. Joint par L’OLJ, M. Mhanna estime que « l’affaire Marcel Ghanem prouve que le bras de fer entre les politiques et les journalistes est loin de prendre fin. Et pour cause : le pouvoir en place cherche à instaurer sa mentalité axée sur la force ». L’activiste va même plus loin. Il déplore un « retour vers la répression pour faire peur aux journalistes », estimant que seule une justice indépendante pourrait mettre fin à ces pratiques de la part du pouvoir en place. 

En attendant, Pierre Daher, PDG de la LBCI, semble déterminé à mener la bataille de la liberté d’expression jusqu’au bout. « Aujourd’hui, ils portent atteinte à la LBCI parce qu’il s’agit d’une chaîne regardée sur l’ensemble du territoire libanais », dit-il. « Le pouvoir judiciaire tente d’adresser un message clair aux médias, mais nous n’aurons pas peur », conclut-il d’un ton empreint de détermination.