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Un coup de ciseaux dans les pages de « L’Obs »
February 8, 2019
Auteur: Claude Assaf
Source: L’Orient-Le Jour

Une nouvelle fois la revêche Dame Anastasie a donné un de ses coups secs de ciseaux. Les victimes ? L’hebdomadaire français L’Obs, ses lecteurs et tous les Libanais attachés aux libertés fondamentales dont fait partie la liberté de l’information. Cinq pages de l’avant-dernier numéro (31 janvier-6 février) du magazine ont ainsi été purement et simplement déchirées. Les pages arrachées (p. 56 à 60) correspondent à un article placé dans la rubrique Recherche, intitulé « Israël, la tech promise » (jeu de mot rappelant « la terre promise »), et porte sur le développement technologique d’Israël. Sous prétexte « d’appliquer la loi » (qui se fait parfois de manière discrétionnaire et sélective), certains responsables de la SG s’obstinent ainsi à se poser en tuteurs des citoyens libanais.

Contacté par L’Orient-Le Jour, le porte-parole de la Sûreté générale, Nabil Hannoun, affirme que la mesure a été prise par le bureau de censure de la Sûreté générale. « L’article de L’Obs constitue une publicité et une promotion pour Israël, ce qui est interdit par la loi », indique le général Hanoun. À la question de savoir si la décision de la SG est efficace, sachant que tout internaute peut entrer en ligne pour s’enquérir du contenu de l’écrit, le responsable répond que « l’institution applique la loi, mais n’est pas en mesure de contrôler chaque citoyen qui lit des articles sur les sites électroniques ».

Widad Jarbouh, membre du centre SKeyes (Fondation Samir Kassir), proteste via L’OLJ contre cette censure. « Nous rejetons l’idée d’interdire », martèle l’activiste. Notant que « le pays est le seul de la région où les libertés sont respectées », l’activiste met en garde « contre la perte de ces libertés ». « Les autorités ne doivent pas se comporter comme si elles sont les tutrices des citoyens. Elles doivent permettre aux gens de prendre eux-mêmes leurs décisions et leur donner le choix d’acheter ou non des publications comportant tel ou tel sujet », poursuit Mme Jarbouh. « Ceux qui veulent boycotter la normalisation culturelle et ceux qui veulent l’encourager pourraient alors agir à leur gré, sachant que les personnes qui sont contre peuvent s’opposer par divers moyens. »

« Le Canard enchaîné »
Il y a quinze jours, deux images publiées dans un numéro (daté du 23 janvier) du Canard enchaîné, autre hebdomadaire français importé, ont été noircies. « Ce n’est pas la Sûreté générale, mais la Société du Moyen-Orient pour la distribution des publications qui a entrepris la démarche », indique à L’Orient-Le Jour Mme Jarbouh, sur base d’affirmations du chef du bureau des relations publiques de la SG. Elle rapporte qu’en réponse à une question de Skeyes, M. Hanoun a affirmé que « l’entreprise de distribution a informé le bureau de censure au sein de la SG qu’elle avait pris l’initiative de couvrir deux images du Canard enchaîné parues sous le titre La pédophilie féminine dans l’Église ». « La raison invoquée par la société est la volonté de gagner du temps en vue de distribuer rapidement le numéro, sachant qu’elle était quasiment sûre que la SG n’allait pas laisser passer ces deux photos », a souligné le responsable à la fondation.
Une sorte d’autocensure effectuée dans le souci de s’adapter aux pratiques qui prévalent.