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LES VIOLATIONS CONTRE LES LIBERTES DE LA PRESSE ET DE LA CULTURE LIBAN, SYRIE, JORDANIE, PALESTINE DECEMBRE 2011
January 12, 2012
Source: Skeyes

Les violations perpétrées à l’encontre des journalistes, écrivains, intellectuels, artistes, blogueurs et militants des droits de l’homme, se sont poursuivies au cours du mois de décembre 2011, dans les quatre pays couverts par le Centre SKeyes pour la liberté de la presse et de la culture, à savoir le Liban, la Syrie, la Jordanie et la Palestine.

Les exactions les plus sanglantes ont indéniablement été commises en Syrie, avec le meurtre du militant et photographe Bassel Al-Sayed, qui a été atteint d’une balle à la tête dans le quartier de Baba Amr à Homs, alors qu’il photographiait le bombardement de la zone. De plus, l’artiste syrien Jalal Al-Tawil a été brutalement battu à coups de matraque et de bâton, et grièvement blessé à la tête. Au moment où la censure sur le cinéma s’accentuait au Liban, les violations israéliennes ont gagné en ampleur en Cisjordanie: les soldats israéliens ont attaqué de manière directe et préméditée les reporters et photographes palestiniens, à coups de grenades lacrymogènes, occasionnant des blessures et des cas d’asphyxie aigüe. Ci-dessous un compte-rendu détaillé des violations compilées par le Centre SKeyes dans chacun des quatre pays concernés.

Au Liban, la censure et le licenciement de journalistes ont caractérisé les violations commises sur la scène médiatique et culturelle au mois de décembre. L’Inspection Criminelle a convoqué l’auteur du livre Al-Maassara (Le pressoir), Georges Alam, puis l’a relâché avec interdiction de quitter le territoire (le 05/12). La Sûreté Générale a interdit la projection du film « Beirut Hotel » de Danielle Arbid (le 09/12) et a censuré deux séquences du film « Out Loud » de Samer Daaboul (le 09/12). De même, le titre du film « Puss in Boots » (Le chat botté), en salle au Liban, a été remplacé par « Cats in Boots » (le 16/12). Des dirigeants de la Jamaa Islamiya ont demandé l’interdiction de la pièce de théâtre « Scene Scene » à Saïda, considérée comme immorale (le 21/12). De plus, des pressions ont été exercées sur les chaînes de télévision afin qu’elles retirent un spot publicitaire lancé par la campagne de protection des femmes contre les violences domestiques (le 30/12), et le site web « Janoubia » a été piraté pour la quatrième fois en un mois (le 07/12).

Quant au licenciement des employés, le quotidien francophone Al-Balad a fermé ses portes, mettant fin de ce fait aux contrats de tous ses journalistes (le 09/12) ; la Lebanese Broadcasting Corporation (LBC) a licencié six employés (le 15/12) et les journalistes licenciés de la maison d’édition « Dar Alf Layla Wa Layla » (Les mille et une nuits) ont demandé que des indemnités leur soient versées (le 14/12). Finalement, le journal Al-Akhbar a gagné son procès contre la Middle East Airlines (le 29/12), qui devra remettre le journal à la disposition de ses passagers.

En Syrie, décembre ne fut pas moins sanglant que les mois précédents, et les violations à l’encontre des journalistes, photographes, artistes, producteurs et blogueurs se sont poursuivies. En tête de liste, le meurtre du militant et photographe Bassel Al-Sayed, qui a été atteint d’une balle à la tête dans le quartier de Baba Amr à Homs, alors qu’il prenait des photos du bombardement de la zone (le 27/12) et l’agression menée par des voyous contre l’artiste syrien Jalal Al-Tawil à coups de bâton et de matraque, alors qu’il rentrait d’une manifestation hostile au régime syrien dans le quartier d’Al-Midan au sud de Damas, occasionnant de graves blessures à la tête et des hématomes au dos (le 19/12).

 Les arrestations furent également nombreuses au mois de décembre: la blogueuse Razan Ghazzawi a été arrêtée alors qu’elle était en route vers Amman (le 04/12) puis libérée sous caution (le 18/12), la photographe et cinéaste Guevara Nemr à l’aéroport de Damas (le 08/12), l’acteur et producteur Mohammad Al Rachi à son domicile, sous les yeux de sa femme et de ses enfants (le 08/12), puis libéré deux jours plus tard, le journaliste Ammar Moussareh à l’aéroport de Damas et le journaliste Mohammad Dahnoun dans la région d’Al-Midan à Damas (le 20/12) incarcéré pendant deux jours. Le correspondant de la chaîne de radio Sham FM, Ahmad Sattouf a présenté sa démission en direct à l’antenne, en protestation contre la violence qui règne à Homs (le 12/12) et la bloggeuse Tal Al-Mallouhi a entamé une grève ouverte de la faim, pour marquer le deuxième anniversaire de son arrestation (le 27/12). Les autorités syriennes ont néanmoins libéré le journaliste Yashar Kamel Al-Ahmad, après cinq mois de détention (le 28/12).

En Jordanie, le mois de décembre était exempt de violations physiques contre les journalistes, mais a abondé en violations morales et juridiques. L’exemple le plus flagrant a certes été l’ingérence du ministre jordanien de l’Information, Rakan Al-Majali, qui a démis de ses fonctions le rédacteur en chef du quotidien Al-Ra’i Samih Al-Maayta, nommant à sa place un ami du Premier ministre (le 20/12). Les journalistes du quotidien Al-Arab Al-Yawm ont exprimé leur colère contre ceux qui profitent des circonstances administratives difficiles par lesquelles passe le journal pour promouvoir l’image du régime syrien (le 13/12).

Pour la deuxième fois cette année, le député Mohammad Suleiman Al-Shawabkeh a proféré des menaces contre le site « Khaberni » en raison d’une erreur dans l’écriture de son nom, dans un article listant les députés ayant accordé leur confiance au gouvernement (le 04/12). Les Services de Renseignement jordaniens ont demandé aux sites d’information de supprimer un article ayant trait à une attaque perpétrée contre des manifestants, lors d’une marche organisée par le Front d’action islamique dans le gouvernorat de Mafraq au nord de la Jordanie (le 23/12). Le Premier ministre jordanien Awn Al-Khasawneh a par ailleurs critiqué ces sites d’information, insistant sur la nécessité de réguler les moyens d’expression « de manière civilisée » (le 28/12). Un point positif au tableau : le Sénat jordanien a décidé de réviser l’article 23 de la loi anti-corruption, qui limite les libertés de la presse (le 08/12).

Dans la bande de Gaza, le calme a régné sur la scène médiatique et culturelle et aucune violation grave n’a été recensée, sans doute en raison de l’engagement du président Mahmoud Abbas et du chef du bureau politique du Hamas, Khaled Mechaal, à établir un « nouveau partenariat palestinien », à l'issue de leur entretien au Caire fin novembre, consacré à la réconciliation inter-palestinienne. Toutefois, cela n’a pas empêché les journalistes du Hamas et du Jihad Islamique de continuer à occuper le siège du Syndicat de la presse à Gaza depuis le 11 octobre 2011, alors que les journalistes Ziad Awad et Hani Al-Agha ainsi que le blogueur Mahmoud Al-Barbar sont toujours détenus dans les prisons du Hamas.

En Cisjordanie, les violations perpétrées par les autorités israéliennes contre les journalistes palestiniens ont gagné en ampleur au mois de décembre. Les forces d’occupation ont attaqué de manière directe et préméditée les reporters et photographes qui couvraient des manifestations pacifiques, à coups de grenades lacrymogènes, occasionnant des blessures et des cas d’asphyxie aigüe ; parmi eux, le photographe d’Al-Jazeera English, Walid Ma’moun (le 02/12), le photographe de la chaîne « Palestine », Najib Farawneh (le 09/12), le photographe du comité de coordination de la résistance populaire contre la clôture et la colonisation, Ali Hamdan Abou Rahmé (le 09/12), la correspondante de la chaîne de télévision satellitaire Al-Quds, Linda Chalach (le 18/12), le photoreporter au quotidien Al-Hayat Al-Jadidah, Issam Al-Rimawi (le 30/12) et le photographe de l’agence « Pal Media », Ashraf Abou Shawish (le 31/12). Les soldats israéliens ont également roué de coups le journaliste  Majdi Ashtieh, alors qu’il couvrait la manifestation hebdomadaire à Nabi Saleh (le 02/12).

D’autre part, les forces israéliennes ont procédé à l’arrestation du journaliste, blogueur et correspondant de la Palestinian News Network (PNN), Amine Abou Wardeh (le 28/12) et le coordinateur du centre culturel palestinien Tanouir, Youssef Abdel Haq, après avoir fait irruption dans son domicile (le 07/12). Elles ont également interpelé et interrogé des journalistes au check-point du village de Beit Ummar (le 10/12) et interdit au vice-président du Club de Jaffa pour l’éducation et la culture, affilié à l’UNESCO, de se rendre en Jordanie, pour assister à la réunion régionale annuelle de l’organisation (le 03/12). Le tribunal militaire israélien d’Ofer, a reporté à deux reprises le procès du journaliste de Radio Marah, Raëd Al-Sharif (les 11/12 et 15/12). Le journaliste Alaa Al-Rimawi a quant à lui été libéré après onze mois de détention dans les prisons israéliennes (le 6/12).

Sur le plan interne, le climat de réconciliation entre les mouvements Hamas et Fatah continue à assurer une atmosphère de calme sur la scène médiatique et culturelle interne. A noter cependant la convocation du journaliste Mohammed Achtiwi, correspondant de la chaîne satellitaire Al-Aqsa, par le Service Palestinien de Sécurité Préventive de Tulkarem (le 24/12). Enfin, des policiers palestiniens ont empêché le chanteur Basel Zayed de finir sa chanson Bukra Elan Al-Dawla (Demain la création de l’Etat), lors des célébrations du Nouvel An au centre-ville de Ramallah (le 31/12).

Dans les Territoires de 1948, la minorité arabe palestinienne a souffert de la politique raciste adoptée par les autorités israéliennes au mois de décembre. Celle-ci s’est notamment manifestée par les propositions de loi visant à interdire les appels à la prière, à forcer les citoyens arabes à signer un serment « d’allégeance à l’État d’Israël » et à empêcher la nomination de juges arabes à la Cour suprême (le 11/12). Les responsables de l’Université de Haïfa ont interdit les chansons arabes au cours des célébrations de Noël (le 21/12) et un concert de la chanteuse Thérèse Sleiman pour commémorer le troisième anniversaire de la guerre de Gaza (le 28/12). Un projet de loi pour la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l'Etat hébreu a également été déposé (le 26/12). L’Université Hébraïque a par ailleurs autorisé un débat autour du livre raciste « La Torah du roi », qui justifie le meurtre de Palestiniens en temps de guerre, y compris celui des enfants (le 12/12). Le journaliste et poète palestinien Najwan Darwish a été victime d’une campagne médiatique acharnée, pour avoir refusé de participer à un séminaire aux côtés de l’écrivain israélien Moshe Sakal (le 06/12).

Le site « Baladee » a été la cible d’une opération de piratage partiel, en raison de sa publication d’un article de solidarité avec le site « Daliluk », qui avait été lui-même piraté quelques jours plus tôt (le 16/12) par un opposant au régime syrien. Par ailleurs, l’arrêt de diffusion de la radio Sawt Al-Salam (Voix de la Paix), qui avait déposé un recours auprès de la Cour suprême de justice (le 04/12), s’est poursuivi. Les journalistes arabes ont signé une pétition demandant à la Knesset de ne pas voter la loi sur la « diffamation », qu’ils ont qualifiée de « loi pour museler la presse » (le 23/12). Enfin, l’association d’avocats israéliens “Shurat HaDin” a menacé le réseau Twitter de poursuites judiciaires, si jamais il ne désactivait pas les comptes de la chaîne de télévision Al-Manar, liée au Hezbollah, et du réseau jihadiste somalien des « Shebab », l’accusant ainsi de « soutenir des organisations terroristes » (le 30/12).