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Violations des libertés médiatiques et culturelles au Proche-Orient - Rapport mensuel - Janvier 2018
February 14, 2018

Au Liban, les atteintes à la liberté de la presse ont augmenté de manière inquiétante au cours du mois de janvier 2018 : agressions, menaces, intimidation, convocations, interrogatoires, arrestations et jugements par contumace. En Syrie, dix citoyens journalistes ont été blessés, dont cinq suite aux bombardements de l’aviation syrienne et russe. La police israélienne a, quant à elle, poursuivi l’arrestation de journalistes et les attaques à coups de grenades sonores aussi bien dans les Territoires de 1948 qu’en Cisjordanie, où des journalistes ont également été traduits en justice par les services de sécurité de l’Autorité palestinienne. Dans la Bande de Gaza, des journalistes ont été arrêtés par le « service de renseignement » du Hamas et des journalistes ont été arrêtés en Jordanie en raison de publications.

Ci-dessous un compte-rendu détaillé des violations rapportées par le Centre SKeyes dans chacun des quatre pays concernés :

Au Liban, trois hommes ont roué de coups le journaliste Ahmad Al-Ayoubi à Tripoli (le 13/01), alors que les services de renseignement de l’armée ont procédé à l’arrestation du militant Obada Youssef pendant trois jours (le 22/01) et de la militante Taima Hayek pendant un jour (le 31/01), suite à des publications sur Facebook dans lesquelles ils ont critiqué des dirigeants politiques libanais. De plus, la journaliste de la chaîne Mayadeen, Lana Moudawar a effacé un tweet qu’elle avait publié, à la demande de son directeur, après que des partisans du mouvement Amal se sont rassemblés devant les locaux de la chaîne en protestation contre ses propos (le 29/01). Le tribunal militaire a condamné par contumace la  journaliste Hanin Ghaddar à six mois de prison pour avoir « porté atteinte à l’armée libanaise » par des positions exprimées lors d’une conférence à Washington en 2014 (le 10/01) et le premier juge d’instruction de Beyrouth a émis un mandat d’arrêt par contumace contre la journaliste Maria Maalouf dans le cadre du procès intenté suite à un tweet suggérant qu’Israël doive assassiner le secrétaire général du Hezbollah (le 04/01).

D’autre part, le journaliste Marcel Ghanem a comparu devant le juge d’instruction de Baabda pour répondre du contenu de son talk-show « Kalam el Nass » diffusé sur la LBCI en novembre 2017 (le 04/01) alors que la militante Hanadi Gerges a comparu devant le procureur général à Tripoli en raison d’anciennes publications sur Facebook (le 03/01) dans lesquelles elle s’en prend au ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil. Le journaliste Mohammad Zbib a comparu devant le juge unique statuant en matière pénale à Beyrouth, dans le cadre du procès intenté contre lui par le ministre de l’Intérieur Nohad Machnouk (le 22/01) après la publication de photos de chèques que le ministre aurait touchés de la part d’une protagoniste de l’affaire « Banque Al-Madina » et le journaliste Rabih Damaj s’est présenté au Bureau de la protection intellectuelle et de la lutte contre la cybercriminalité suite à sa publication d’un acte d’accusation dans un cas de pédophilie (le 15/01). Ce même bureau a contacté la journaliste Zeinab Hawi pour obtenir des informations personnelles suite à une plainte déposée contre elle (le 09/01). Le Procureur général près la Cour de cassation a engagé des poursuites contre l’humoriste Hicham Haddad, le quotidien Addiyar et son rédacteur en chef Charles Ayoub (le 27/01) pour « avoir porté atteinte à des personnalités politiques saoudiennes » et a transmis au Procureur général du Mont-Liban la plainte déposée contre la LBCI et le journaliste Joe Maalouf suite à l’apparition d’un mineur dans son émission Hawa Al Horriyeh (le 11/01). De plus, la société propriétaire du projet Eden Bay a porté plainte contre la MTV pour avoir enfreint la décision de ne pas porter atteinte au projet dans ses télédiffusions, revendiquant une amende de 180 millions de livres libanaises et affirmant que la MTV lui avait proposé de monnayer une couverture favorable au projet (le 16/01) et le ministère de l’Intérieur a décidé d’interdire le film Jungle de Greg McLean parce que l’auteur du livre ayant inspiré le film est israélien (le 13/01).

En Syrie, dix citoyens journalistes ont été blessés. Il convient de noter que c’est le premier mois depuis le début des soulèvements populaires où il n’y a pas eu de morts parmi les journalistes, les artistes et les citoyens journalistes. Le citoyen journaliste Mohammad Kassem et des membres de sa famille ont été blessés lors du bombardement d’Idlib par les avions du régime (le 28/01) et le correspondant de la chaîne Orient, Yaman Al-Sayed lors du bombardement de la province de Damas (le 02/01). Par ailleurs, le correspondant de la même chaîne, Bassel Al-Ghazzaoui et le correspondant du quotidien Zaman Al-Wasl, Hatem Al-Zoabi ont été blessés lors du bombardement de Deraa par les forces du régime (le 28/01), alors que le correspondant de la chaîne Al-Jisr, Abdul-Kader Al-Abdo, le correspondant de l’agence de presse Qasioun , Abdul-Kader Al-Bakri et le correspondant de la chaîne Al-Youm, Hussein Al-Tawil ont été blessés lors de la couverture des affrontements entre l’armée du régime et les forces de l’opposition dans la province d’Idlib (le 11/01). Le correspondant de la chaîne Orient, Chaher Sumac et les deux correspondants de l’agence de presse Smart, Abu-Yazan Al-Homsi et Bassel Hawa ont été atteints par le bombardement de l’aviation russe dans la même région (le 29/01).

En Jordanie, le Procureur général d’Amman a ordonné l’arrestation du rédacteur en chef du site Web Jafra News, Omar Al-Maharmeh et de son collègue Chadi Al-Zitani (le 16/01), dans le cadre d’une plainte déposée contre eux par le ministre des Finances suite à la publication par Al-Zitani d’articles portant sur l’évasion fiscale de dirigeants jordaniens. Ils ont été libérés deux jours plus tard sous caution. De même, les services de sécurité ont empêché l’organisation d’un sit-in en solidarité avec les deux journalistes le lendemain devant le siège du Premier ministre (le 17/01), ce qui a poussé les manifestants à se réunir devant le siège du Syndicat des journalistes jordaniens.

Dans la Bande de Gaza, des publications Facebook appelant à une amélioration des conditions de vie et critiquant le gouvernement du Hamas ont conduit le service de renseignement à en arrêter et interroger les auteurs, à savoir les journalistes Amer Baaloucheh (le 02/01) et Alaa Salameh (le 10/01), l’écrivain Abdallah Abou Charakh (le 03/01) et le photographe Ihab Fasfous (le 30/01).

En Cisjordanie, le correspondant de la chaîne Al-Ghad Al-Arabi, Raëd Charif, a été blessé au pied, après que les forces israéliennes lui ont lancé une grenade sonore (le 12/01) et le tribunal d’Ofer a reporté une fois de plus le procès du journaliste indépendant Missaab Saïd jusqu’au 20 février prochain (le 16/01). Sur le plan interne, le Service de sécurité préventive a convoqué le journaliste Missaab Kofeicheh mais celui-ci a refusé de se présenter au poste de police (le 11/01) et le tribunal de Naplouse a transféré le correspondant de la chaîne satellitaire Al-Aqsa, Tarek Abou Zeid au tribunal pénal spécialisé dans les infractions graves (le 21/01). Par ailleurs, le Procureur général a interjeté appel contre la décision d’acquittement du correspondant de la chaîne Palestine Today, Jihad Barakat alors qu’il filmait le convoi du Premier ministre Rami Hamdallah arrêté à un point de passage israélien par les forces de l’ordre (le 09/01).

Dans les Territoires de 1948, la police israélienne a attaqué les journalistes Mohammad Al-Qarout Idkidik et Ahmad Al-Safadi (le 13/01), ainsi que le photographe Fayez Abou Rmeileh (le 20/01) à coups de grenades sonores alors qu’ils couvraient les manifestations à Jérusalem. De plus, elle a arrêté le photographe indépendant Ayman Abou Romouz pendant trois heures à la Porte de Damas (le 24/01) et a empêché la tenue d’une conférence de presse à l’hôtel Al-Dar dans le quartier de Cheikh Jarrah à Jérusalem avant de détenir les journalistes Ahmad Al-Safadi, Abdul-Latif Gheith et Hani Al-Issaoui pour une durée de trois heures (le 09/01).