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SKeyes Center for Media and Cultural Freedom - Samir Kassir Foundation

Au sein de la communauté chiite, l'après-Lokman Slim

Vendredi 04 février 2022

Il y a un avant et un après-Lokman Slim. L’assassinat, le 4 février 2021 au Liban-Sud, de cet intellectuel libanais chiite farouchement opposé au confessionnalisme et au Hezbollah a eu, au moins dans un premier temps, l’effet recherché. Celui d’aggraver le sentiment de peur au sein de la communauté chiite. « Après l’assassinat de Lokman Slim, la peur et la prudence étaient les maîtres mots dans les régions chiites, particulièrement chez les dissidents », assure Soltan, originaire d’un village du Liban-Sud et militant au sein du Club laïc de la ville de Tyr. « Je pense que tout le monde s’est rendu compte après cela qu’on ne pouvait pas dire ce qu’on voulait », explique pour sa part Hassan*, un jeune homme de 22 ans, originaire de la banlieue sud, l’un des fiefs du Hezbollah. Durant près d’une décennie (2004-2013), les assassinats politiques contre des personnalités hostiles à l’axe irano-syrien ont écrasé la vie publique libanaise et semé la terreur au sein de la population. L’élimination de Lokman Slim, qui semble renouer avec cette logique, est intervenue dans un contexte où la parole avait commencé à se libérer dans les régions dominées par le Hezbollah à la suite du soulèvement d’octobre 2019.

« Je suis reconnaissant envers la résistance, qui a libéré mon village de l’occupation israélienne. Mais cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas la critiquer ou que le Hezbollah a le droit de recourir à la violence contre ceux qui ne partagent pas son opinion », estime Hassan, qui se considère comme politiquement indépendant « même de la thaoura ». Le secrétaire général du parti, Hassan Nasrallah, avait demandé à sa communauté de quitter la rue quelques jours après le début du mouvement de contestation. Les partisans du tandem chiite Hezbollah-Amal s’en étaient ensuite pris à plusieurs reprises aux manifestants afin de tuer la révolte dans l’œuf. L’objectif semble être toujours le même : éliminer toute parole dissidente ou gênante et envoyer un message à tous ceux qui seraient tentés de résister à la domination de la formation pro-iranienne.

Campagne d’intimidation

Pour y parvenir, tous les moyens sont bons, l’arsenal du parti chiite s’étant largement renforcé en la matière. « Le Hezbollah a recours à des campagnes de diffamation sur les réseaux sociaux via une puissante armée électronique et aux accusations faciles de collaboration avec Israël. Mais le moyen le plus fort pour lui de consolider son hégémonie, c’est l’imposition d’une idéologie non critiquable, la glorification du leadership du parti et la pression exercée sur les familles pour les pousser à faire taire leurs membres dissidents », explique Ayman Mhanna, directeur du centre SKeyes pour les médias et la liberté culturelle. En octobre 2021, l’armée électronique du Hezbollah s’en était violemment pris au juge d’instruction chargé d’enquêter sur la double explosion au port de Beyrouth, Tarek Bitar, accusé par le parti chiite d’être politisé. L’attaque est encore plus violente quand la cible est chiite, et donc perçue comme ayant trahi sa communauté. En octobre 2020, la journaliste Luna Safwan a été victime d’une campagne d’intimidation sur les réseaux sociaux, l’accusant de faire la propagande de l’ennemi israélien. Le recours à cette méthode semble être de plus en plus récurrent, le parti ne tolérant plus la moindre déviance.

L’humoriste Hussein Kaouk, connu pour ses sketches se moquant de toutes les communautés y compris la sienne, en a fait les frais en novembre dernier. Après que le quotidien al-Akhbar, pro-Hezbollah, l’a accusé de diaboliser l’environnement de la « résistance », il a reçu une pluie de messages de haine et de menaces de mort sur les réseaux sociaux. Même les proches du parti chiite ne sont pas à l’abri de ces attaques. Kassem Kassir, un analyste membre du noyau historique du Hezbollah, en a été victime en janvier 2021, quelques jours après le meurtre de Lokman Slim, pour avoir appelé, dans une entrevue à la télévision, le parti à prendre ses distances avec l’Iran et à ne plus « résister seul ». « Ces méthodes sont utilisées par les autres partis du système, mais le Hezbollah bénéficie d’un excédent de force », explique Karim Safieddine, responsable au sein du réseau estudiantin Mada.


« Le Hezbollah a raison de s’inquiéter »

Les citoyens lambda sont aussi sur la sellette. « Je viens d’un petit village où Amal et le Hezbollah ont une présence considérable. Il m’arrive de recevoir des menaces, souvent sous forme de : “Fais attention à toi.” Pour le moment, je n’ai pas encore été tabassé. Mais avec les élections qui approchent, je vais probablement prendre un coup ou deux », témoigne Soltan. Car avec la détérioration de la situation socio-économique dans le pays, la communauté chiite semble de moins en moins satisfaite par son leadership. On reproche au Hezbollah ses alliances avec Gebran Bassil (leader du Courant patriotique libre) ou Nabih Berry (chef d’Amal), de n’avoir rien fait pour lutter contre la corruption, mais aussi son implication dans la guerre en Syrie, au coût humain important. « Tous les Libanais ont été émus par le mouvement de contestation, et plus encore, tous sont affectés par la crise socio-économique quelle que soit leur confession. Le Hezbollah a raison de s’inquiéter, il y a de plus en plus de dissidence au sein de la communauté », affirme Karim Safieddine. Il est rejoint par Soltan, qui précise que le parti pro-iranien craint particulièrement que les groupes d’opposition parviennent à convaincre les chiites sans couleur politique, qui ne lui sont pas idéologiquement acquis et ne dépendent pas financièrement de lui, de les soutenir.


Un an après l’assassinat, les militants ont repris la bataille. « Certains ont peut-être eu peur, mais ils continuent de parler librement », affirme Ayman Mhanna. Car s’ils ont été secoués après le meurtre, ils sont désormais plus déterminés que jamais. « Nous nous sommes rendu compte de la nécessité d’affronter les armes illégales du Hezbollah et de rompre avec l’entre-deux dans lequel nous avons parfois été pris il y a quelques années », lance Karim Safieddine. « On ne peut pas faire de la politique au Liban et aspirer au changement si on a peur », renchérit Soltan.

Déterminée à continuer la bataille, Lina Hamdane, membre de la Fondation Lokman Slim créée en mars dernier, veut même aller à l’assaut d’un des sièges chiites de la capitale. « Zéro peur. C’est notre devise ! Nous voulons réclamer la libanité de notre identité chiite, et nous ne reculerons devant rien. Lokman savait qu’il était en danger, mais il s’est sacrifié pour la justice », affirme-t-elle. Ahmad*, un jeune activiste de 24 ans de confession chiite mais radicalement opposé au Hezbollah, ne compte pas non plus baisser les bras. « Cela fait sept ans que je suis membre des Kataëb et, contrairement à d’autres, je n’ai jamais été inquiété », témoigne-t-il. « Pourtant, je n’ai jamais caché mes opinions. C’est probablement parce que les personnes que je fréquente sont éduquées et issues d’un milieu différent, et que j’évite la surenchère avec qui que ce soit », suppute-t-il.

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