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Enquête, opinion, reportage : la cuvée 2022 du prix Samir Kassir

Samedi 04 juin 2022
Photo credit: Matthieu Karam

L’esprit de Samir Kassir a de nouveau soufflé, mercredi soir, sur Beyrouth, pour la 17e édition du prix au nom du journaliste assassiné le 2 juin 2005.

Comme un symbole que le combat pour la liberté de la presse est toujours malheureusement d’actualité dans cette région du monde, la cérémonie s’est ouverte sur une minute de silence en hommage à Shirine Abou Akleh, la journaliste palestinienne tuée le 11 mai dernier au cours d’une opération israélienne en Cisjordanie occupée.


Fin mai,le procureur en chef palestinien avait déclaré que la journaliste vedette d’al-Jazeera avait été la cible d’un tir d’un soldat israélien équipé d’un fusil de précision.


Cette année, cinq journalistes ont été récompensés par le prestigieux prix: les Égyptiens Ezzat el-Kamhawi et Iman Adel, l’Irakien Safaa Khalaf, la Syrienne Rukaïa el-Abadi et la Libanaise Fatima el-Othman. Et ce dans quatre catégories. C’est au Saint-Georges qu’a eu lieu cette cérémonie qui vise à commémorer «la vie, les valeurs et la mémoire » de Samir Kassir.


Dans la catégorie d’« article d’opinion », Ezzat el-Kamhawi, né en 1961, a remporté le prix pour un long article intitulé « L’architecture suspecte : l’obsession des grands bâtiments et des larges rues». Publié le 18 décembre 2021 sur le site al-Manassa, l’article «étudie les liens entre l’architecture, l’urbanisme et la nature des régimes politiques», selon le communiqué de presse de la Fondation Samir Kassir. Dans la catégorie « article d’investigation », Safaa Khalaf, né en 1982, a été choisi par le jury pour son article «Crise de l’eau en Irak : le changement climatique entraîne des migrations et des conflits civils ». Publiée dans al-Alam al-jadeed, le 27 novembre 2021, cette enquête « décrit les raisons et les conséquences régionales, politiques, sociales, économiques et confessionnelles de la crise de l’eau en Irak». Dans la catégorie « reportage audiovisuel d’information », Iman Adel, née en 1986, a reçu le prix pour son reportage intitulé « Rania Rashwan», diffusé le 15 juin 2021 dans Daraj Media. « Rania est une jeune Égyptienne qui a fait le choix de s’affranchir du mode de vie imposé par son entourage traditionnel après plusieurs expériences dramatiques, dont l’agression sexuelle et le suicide de son frère. »


Sept professionnels des « médias, universitaires et défenseurs des droits de l’homme d’Europe et du Moyen-Orient » ont choisi les lauréats. Le jury était composé de Ludovic Blecher (France), directeur de l’innovation à Google News Initiative ; Nassera Dutour, militante des droits de l’homme et présidente du Collectif des familles de disparu(e)s en Algérie ; Elham Fakhro (Bahreïn), chercheuse invitée à l’Université d’Exeter, Pavla Holcova (Tchéquie), fondatrice du Centre tchèque pour le journalisme d’investigation ; Safaa Saleh (Égypte), journaliste d’investigation et correspondante de guerre à al-Aan TV et lauréate du prix Samir Kassir 2010 ; Randa Slim (Liban), directrice du programme de résolution des conflits au sein du Middle East Institute et représentante de la Fondation Samir Kassir auprès du jury, et Antonio Zappulla (Italie), directeur exécutif de la Fondation  omson Reuters.


Par ailleurs, un prix des étudiants, remis pour la troisième année consécutive, a été attribué à la journaliste syrienne Rukaia al-Abadi (née en 1988) et à la journaliste libanaise Fatima al-Othman (née en 1989), coautrices de " Les scouts du Mahdi : une chronique du recrutement d’enfants au sein des milices iraniennes ", diffusé le 6 mai 2021 dans Daraj Media. Ce prix a été décerné suite aux votes favorables de 21 étudiants algériens, libanais, marocains, tunisiens et yéménites.


La présidente de la Fondation Samir Kassir, Gisèle Khoury, a félicité « les jeunes journalistes exceptionnels qui postulent chaque année pour remporter le prix depuis 17 ans. Leurs articles et reportages reflètent beaucoup de talent, de professionnalisme et de courage, dans des pays où les autorités craignent la liberté, et où les voix libres sont tuées et réduites au silence ». Elle a également martelé que dans une région où la liberté de presse est menacée, «les murs de la peur finiront par s’effondrer et que de nouveaux contrats sociaux et politiques seront conclus par tous les pays de la région ».

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