SKeyes Center for Media and Cultural Freedom - Samir Kassir Foundation

Menaces de mort contre Dima Sadek et Hassan Chaabane

Source Ici Beyrouth
Lundi 15 août 2022

La journaliste Dima Sadek, réputée pour être aux premières lignes de l’opposition au Hezbollah, est victime depuis samedi d’une violente campagne menée contre elle par l’armée électronique de la formation pro-iranienne. Un photographe de presse, Hassan Chaabane, est également menacé par des partisans du Hezb.


Après avoir publié sur son compte Twitter une photo du commandant de la force Al-Qods, au sein des Pasdaran iraniens Kassem Soleimani et du leader de la révolution islamique en Iran, Ruhollah Khomeiny avec, pour légende, " Versets sataniques ", la journaliste Dima Sadek est, une fois de plus depuis samedi, la cible d’une violente campagne lancée contre elle sur les réseaux sociaux. Mme Sadek avait publié cette photo à la suite de l’agression contre l’écrivain britannique Salman Rushdie vendredi dans l’État de New York, aux États-Unis. En 2019, elle avait déjà dénoncé une incitation au meurtre après qu’un dignitaire chiite eut évoqué sa " crucifixion " et son " amputation en vertu de la charia ".


Selon Mme Sadek, c’est Jawad Nasrallah, fils du secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah, qui a donné le coup d’envoi de la campagne contre la journaliste, encourageant ses détracteurs à la tuer. La journaliste qui a publié les menaces de mort qu’elle a reçues sur son portable, a demandé que celles-ci soient considérées comme une note d’information adressée aux autorités libanaises compétentes. Elle a fait porter au Hezbollah " la responsabilité de tout ce que pourrait lui arriver à partir de maintenant" comme elle le précise dans un tweet.


Plusieurs captures d’écrans de tweets et de messages sur Whatsapp circulent sur Twitter dans lesquels des pro-iraniens et des partisans du Hezbollah menacent la journaliste, la traitent de tous les noms ou appellent même à " faire couler le sang de Dima Sadek " présenté comme " une obligation morale ". À cela s’ajoute le tweet de Jawad Nasrallah dans lequel il explique que " les régimes utilisent certains outils pour faire leur sale besogne, sans toutefois se salir eux-mêmes, et un exemple de ces outils est ce poison qui les a dépassés dans sa décadence " accompagné d’un hashtag Dima (#Dima). Il accuse de la sorte Mme Sadek d’être au service de pays étrangers comme Israël ou les États-Unis, ennemis de la formation pro-iranienne.


" Ces messages de haine envers Mme Sadek sont considérés comme des crimes sanctionnés par la loi. Mais cela nécessite une justice indépendante et qui ne soit pas menacée elle-même par les partis politiques. Le fait qu’il y ait atteinte à l’intégrité de sa fille, atteinte d’un handicap et dénigrée dans les messages haineux, permet aux ONG spécialisées dans la protection des droits des personnes en difficulté, de présenter une note d’information auprès des autorités compétentes, " explique Ayman Mhanna, directeur exécutif de la fondation Samir Kassir (SKF), lors d’une entrevue à Ici Beyrouth.


" À SKF, nous avons immédiatement réagi face à ces atrocités, ajoute M. Mhanna. Nous sommes en train de documenter et d’analyser les discours haineux envers Mme Sadek. On pourrait même aller jusqu’à contacter les compagnies de réseaux sociaux comme Facebook et Twitter pour censurer certains messages trop extrêmes. " Il ajoute aussi que des études menées par la fondation ont montré que les personnes qui ont le plus de risque d’être victimes de discours haineux présentent une ou plusieurs des trois caractéristiques suivantes : être journaliste, femme ou contre le Hezbollah. " Qu’en est-il du cas de Dima Sadek qui réunit les trois caractéristiques ! " s’exclame M. Mhanna.


" Pour que le Bureau de lutte contre la cybercriminalité intervienne, il faut que le procureur général demande une enquête ou qu’une plainte soit déposée par la victime ", en l’occurrence Dima Sadek, explique une source juridique à Ici Beyrouth.


Dima Sadek n’est pas la seule journaliste harcelée par les partisans du Hezbollah. Le centre SKeyes pour la liberté de la presse et de la culture a ainsi annoncé que le photographe Hassan Chaabane a de nouveau fait l’objet de menaces à Beit Yahoun, son village dans le caza de Nabatiyé au Liban-Sud.


Début août, M. Chaabane avait déclaré qu’un groupe d’individus, qui seraient des partisans du Hezbollah, l’avaient attaqué en raison de vidéos et de messages publiés sur les réseaux sociaux au sujet d’habitants de la localité qui manifestaient contre les pénuries d’eau dans un pays en crise. Dans la nuit de samedi à dimanche, un inconnu a accroché un message sur le pneu crevé de la voiture du photographe sur lequel il était écrit : " Quitte le village, agent, chien ".


Il y a quelques semaines, il avait trouvé une balle posée sur son pare-brise. Le photographe avait déposé une plainte. Mais comme dans le cas de Mme Sadek, personne n’a bougé.

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