SKeyes Center for Media and Cultural Freedom - Samir Kassir Foundation

Des ONG critiquent les propos d'Abdel Samad révélateurs d’une politique d’oppression

Mercredi 20 mai 2020

Plusieurs organisations de la société civile ont critiqué les propos tenus récemment par la ministre de l’Information, Manal Abdel Samad, lors d’une entrevue à Radio-Liban. Des propos dont elles estiment qu’ils sont « révélateurs d’une politique d’oppression à l’égard des médias ». Ces organisations sont la Fondation Samir Kassir – centre SKeyes pour la liberté de la presse et de la culture, les fondations Maharat et Adyan, ainsi que Media Association for Peace et Alef-Act for Human Rights.

Ces organisations déplorent que la ministre ait eu recours au sempiternel argument utilisé par les autorités pour demander des comptes aux journalistes, notamment « les menaces contre la sécurité nationale » et « les atteintes à la dignité personnelle ». « Comment la ministre définit-elle le concept élastique de sécurité nationale ? » se demandent les signataires, rappelant le nombre de journalistes et de militants poursuivis pour des messages sur les réseaux sociaux, dont beaucoup ont été détenus, terrorisés et même torturés.

Pour ce qui est de l’argument de la diffamation, le texte souligne qu’il est variable suivant l’équilibre des forces au pouvoir.

Les organisations ont également noté le fait que la ministre a évoqué « des motivations financières » pour aider les institutions à tenir le coup et les journalistes à garder leur travail. À ce propos, elles se sont demandé si Mme Abdel Samad a remarqué que des centaines de journalistes ont été licenciés dernièrement sans obtenir leurs indemnités et que ceux-ci tiennent régulièrement des sit-in devant son bureau…

Une autre déclaration faite par la ministre a retenu l’attention des organisations. Celle-ci a estimé que « les médias devraient rester libres de toute tutelle politique et de toute contrainte de la part de l’État », mais a ajouté qu’il « est nécessaire de créer un organisme de contrôle des médias officiels et privés, et un appareil organisationnel doté de prérogatives exécutives et décisionnelles ». Ces propos ont été qualifiés, dans le communiqué, de « contradictoires, puisqu’on ne peut avoir des médias libres sous le contrôle d’un organisme dont l’indépendance et le professionnalisme ne sont pas garantis ». « Serait-ce un lapsus ou un aperçu de ce qui attend les médias en secret ? » s’interrogent les organisations.

Les organisations se demandent par ailleurs si Mme Abdel Samad a lu la proposition de loi sur l’organisation des médias, en discussion au sein de la commission parlementaire de l’Administration et de la Justice, estimant que les amendements au texte lui font perdre sa qualité de garante de la liberté d’expression. Elles estiment que toute tentative d’amendement des textes et toute mesure visant à renforcer des syndicats en mal de légitimité et d’indépendance sont une préparation, en coulisses, pour limiter la liberté d’expression.

« À un moment où les Libanais paient, au prix fort, des années de corruption et de gaspillage, il est crucial de favoriser la transparence plutôt que le contrôle, et les libertés plutôt que l’oppression, souligne le texte. Les professionnels de ce secteur devraient rester vigilants et solidaires face aux tentatives de division qui les ciblent, afin de jouer leur rôle de fer de lance en matière de défense des libertés. »

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