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Azoulay : "Le redressement du Liban doit passer par l'éducation et la culture"

Vendredi 28 août 2020

La directrice générale de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco), Audrey Azoulay, a annoncé jeudi deux actions lancées par l'organisation pour venir en aide aux secteurs éducatif et culturel du Liban, lourdement frappés les crises économique, financière et sanitaire auxquelles sont venues s'ajouter les explosions meurtrières du 4 août à Beyrouth. "Le relèvement du pays doit passer par l'éducation et la culture", a ainsi déclaré la haute diplomate lors d'une visite à Beyrouth. 


Dans ce cadre, une réunion de la coalition mondiale pour l'éducation, créée dans la foulée de la pandémie de coronavirus, sera dédiée au Liban dans le courant de la semaine prochaine. "L'Unesco va tout faire pour mobiliser l'ensemble des acteurs publics et privés, afin d'aider le secteur éducatif, sur base des besoins identifiés par le ministère de l'Éducation", a annoncé Mme Azoulay lors d'une tournée dans une école d'Achrafieh détruite par le souffle de l'explosion. Le ministre démissionnaire libanais de l'Éducation Tarek Majzoub était présent. 

La directrice de l'Unesco a souligné que la réponse internationale au secteur éducatif se focalisera notamment sur la préparation des établissements scolaires et des élèves à l'éducation à distance. "Il faut soutenir le système éducatif pour assurer la continuité des apprentissages", a ajouté la  diplomate onusienne, soulignant que l'Unesco allait par ailleurs coordonner, via un plan d'action, toutes les opérations d'aides nécessaires au financement et à la réhabilitation des écoles du Liban, afin d'assurer leur réouverture "lorsque la situation sanitaire le permettra". 

Selon l'Unesco, 160 établissements scolaires ont subi des dommages importants ou légers après la double explosion, qui a fait plus de 180 morts et des milliers de blessés. Selon Mme Azoulay, les fonds nécessaires pour les réparations dans ce secteur s'élèvent à près de 22 millions de dollars. Les explosions sont venues enfoncer encore plus un secteur qui souffrait déjà des répercussions de la crise économique et financière que connaît le Liban depuis près d'un an, ainsi que de la pandémie de Covid-19. 


Initiative "Li Beyrouth"
Audrey Azoulay a par ailleurs annoncé qu'une conférence de donateurs serait organisée dans un futur proche afin de mobiliser des soutiens "concernant l'ensemble des sujets liés au mandat de l'Unesco, et notamment le patrimoine culturel et les industries créatives".  Soulignant l'importance du savoir et de la connaissance dans l'identité du pays du Cèdre, elle a déclaré que "le relèvement du pays doit passer par l'éducation et la culture".

Dans une conférence de presse tenue en fin de journée dans les jardins du musée Sursock, fortement endommagé, la diplomate a souligné que la réunion de la coalition mondiale pour l'éducation sera organisée le premier septembre, et que la réunion de donateurs aura lieu dans le courant du mois de septembre. Elle a affirmé que l'initiative "Li Beyrouth" (pour Beyrouth) avait été lancée via l'Unesco pour lever les fonds nécessaires à la réhabilitation des secteurs éducatif et culturel. Selon le site de cette plateforme, l'agence onusienne évalue à 300 millions de dollars le montant nécessaire pour la réhabilitation du secteur culturel.


Protection du patrimoine
Par ailleurs, Mme Azoulay a appelé à ce que des mesures juridiques ou organisationnelles soient prises pour protéger le caractère traditionnel des rues sinistrées, soulignant que le patrimoine immobilier de ces rues constitue "l'esprit" de Beyrouth. Elle a suggéré qu'un statut spécial soit accordé aux quartiers concernés ou que les transactions immobilières y soient temporairement suspendues. "L'Unesco fournira son expertise pour assurer une restauration des bâtiments qui réponde aux standards et critères internationaux en la matière, et en mobilisant des fonds", a-t-elle déclaré.

Avant sa tournée dans les quartiers sinistrés de Beyrouth, la directrice de l'Unesco avait été reçue par le chef de l'État Michel Aoun. La directrice de l'Unesco a par la suite été reçue par le ministre démissionnaire de la Culture, Abbas Mortada. Au cours de leur réunion, la question de la restauration des bâtiments à caractère traditionnel dans les quartiers sinistrés a été évoquée. Dans ce cadre, M. Mortada a remis à l'Unesco un dossier concernant ces bâtiments et l'étendue des dégâts qu'ils ont subi.


Le secteur culturel et artistique de Beyrouth a été fortement affecté par les explosions, de nombreux musées, galeries d'art, studios d'artistes et enseignes de créateurs étant installés dans les quartiers entourant le port de Beyrouth. Par ailleurs, des dizaines de bâtiments appartenant au patrimoine culturel de la ville ont été détruits ou fortement endommagés par la déflagration.  Depuis cette catastrophe, la communauté internationale s'est mobilisée pour venir en aide au Liban. Le week-end suivant les explosions, des chefs d’État et représentants de pays ayant participé à la visioconférence sur le Liban, organisée à l’initiative du président français Emmanuel Macron, se sont engagés à verser à brève échéance un total de 252,7 millions d’euros.

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