SKeyes Center for Media and Cultural Freedom - Samir Kassir Foundation

« Wonder Woman » bientôt interdit au Liban pour cause d’actrice israélienne ?

Mardi 30 mai 2017

Le ministre de l'Économie, Raëd Khoury, a affirmé hier avoir entamé des démarches pour interdire la projection du film Wonder Woman, réalisé par la cinéaste américaine Patty Jenkins, au motif que l'héroïne du long-métrage, Gal Gadot, est israélienne.

Dans un communiqué publié par son ministère, M. Khoury a indiqué qu'« en date du 29-5-2017, le ministère de l'Économie a adressé une note à la direction générale de la Sûreté générale pour adopter les mesures visant à interdire le film Wonder Woman dans lequel joue l'actrice israélienne, Gal Gadot ».

Le texte précise en outre que, par le passé, des instructions similaires avaient été adressées à la SG pour interdire un autre film dans lequel joue la même actrice. « En date du 13-3-2016, le ministère de l'Économie avait demandé à la direction générale de la Sûreté générale de prendre les mesures nécessaires pour l'interdiction du film Batman vs Superman: Dawn of Justice, dans lequel joue Gal Gadot », indique ainsi le communiqué, soulignant que le ministère de l'Économie avait dans le même temps « adressé une note au bureau principal de boycott des produits israéliens, à Damas, en vue de faire inscrire le nom de Gal Gadot et de tous ses films et œuvres artistiques sur la liste noire ».

Joint par L'Orient-Le Jour, Ayman Mhanna, directeur de l'association SKeyes, note que « si au Liban le boycott d'Israël fait bien l'objet d'une loi, la question est de savoir si le produit prohibé, en l'occurrence le film de Patty Jenkins, est bien israélien ». « Au cas où, par exemple, Gal Gadot a touché tous ses cachets avant la diffusion du film, elle ne profitera pas de ses recettes financières, et donc la loi du boycott ne devra pas s'appliquer », estime dans ce cadre M. Mhanna, soulignant qu'« au contraire, si elle participe aux bénéfices du film, on sera en présence d'un produit israélien ».

L'activiste soulève en outre l'idée de « normalisation ». « Le fait de visionner un film dans lequel joue une actrice israélienne risque-t-il vraiment de modifier l'opinion du spectateur, qui serait alors tenté de souhaiter la "normalisation" avec Israël ? » se demande-t-il.

Sur un autre plan, M. Mhanna déplore la politique incohérente de l'État. Selon lui, et contrairement aux indications du communiqué du ministère de l'Économie, le film Batman vs Superman: Dawn of Justice dans lequel joue Gal Gadot « a été projeté dans les salles de cinéma, il y a quelque temps ».

Pour sa part, Waël Kheir, directeur de la Fondation des droits de l'homme et du droit humanitaire (FDHDH), reconnaît que l'interdiction du film en raison de la nationalité israélienne de l'actrice est justifiée, affirmant qu'une telle mesure « est conforme au droit international et se trouve liée à la question de la souveraineté des États ». Par contre, précise-t-il, « si Wonder Woman est interdit pour cause de religion juive de l'actrice », alors il s'agirait d'« une atteinte à la liberté d'expression ».

Share News